Nouvelles photos en ligne
Heureuse, joyeuse nouvelle année 2011 à mes éventuels lecteurs !
Un court message pour vous informer de la mise en ligne de nombreuses nouvelles photos dans l'album photo POTAGER.
D'autres photos viendront prochainement enrichir les autres albums, ainsi que la rubrique couture.
Le beau temps de ces 10 derniers jours m'a incitée à jardiner à nouveau, avec au programme :
- broyage de branches coupées et épandage de BRF au potager et dans divers massifs
- épandage de compost de plateforme (acheté à l'automne)
- semis de fèves, pois mangetout grimpants, ail rose, poireaux
- pose d'arceaux sur les carrés de potager destinés à recevoir des légumes au semis ou repiquage délicat
- désherbage des massifs et allées
- semis de gazon en regarnissage dans les trous
- déplacement de deux arbustes et de fraisiers
- application d'un badigeon fait maison à base de cendres + argile sur les arbres fruitiers
Les travaux d'agrandissement de la maison ayant commencés, une bonne partie du gazon sera à refaire dans un an. Et je pense d'avance à l'aménagement de nouveaux massifs en bordure du futur salon... ça me démange d'acheter déjà les plantes et de les mettre en place, mais je devrai sans doute attendre encore au moins 3 mois que les travaux soient finis, voire l'automne dans l'idéal !
Ah, la fièvre du jardinage ! Surtout en cette saison charnière où le temps printanier pointe déjà son nez, où l'on voudrait déjà oublier l'hiver, le froid, les jours sombres, courts et nuageux, où l'on s'émerveille devant les premières perce-neiges et les premiers crocus, mais où il faut savoir encore rester patients car il serait imprudent de déjà semer et planter à tout vat !
Bon jardinage à vous aussi.
BRF, sécheresse et faim d'azote, déboires et remédiations au potager
L'automne est maintenant arrivé, venu plus vite que son ombre. Je ne vois plus le temps passer. Je plante, je couds, je crée, je prends des photos, mais j'oublie de les publier, et mon blog n'est plus alimenté.
Au potager, mes espoirs n'ont pas été atteints : les récoltes ont été maigres dans l'ensemble, les plantes semblaient carencées et ont fructifié tardivement. Tout reverdit maintenant, et mes pieds de tomates n'ont jamais été autant couverts de fruits, sauf que le soleil n'est plus au rendez-vous pour les faire rougir.
Bref, il me faudra faire mieux l'an prochain, j'ai encore du pain sur la planche !
Analyse des problèmes rencontrés et solutions trouvées
Concrètement, je dirais que mes déboires ont été le résultat d'une combinaison complexe de diverses facteurs.
La faim d'azote : Ah, la fameuse faim d'azote engendrée par le BRF, dont j'avais entendu parler en long en large et en travers sur les forum, j'y ai eu droit de plein fouet. Plantes jaunes et rachitiques, arrêt de croissance pendant un bon mois après plantation. J'ai d'abord arrosé au purin d'ortie, de consoude, mais rien n'y faisait.
Le remède miracle a été l'apport à 4 reprises du mélange corne broyée et sang séché. Riche en azote, ce mélange a fait reverdir mes plantes et j'ai vu leur croissance reprendre dans les 3 jours suivant l'apport.
Mais j'ai perdu un mois, et les récoltes s'en sont ressenties. Maintenant, tout pousse à merveille... c'est juste trop tard pour les légumes d'été qui ne parviendront pas à maturité, les plants seront attaqués de mildiou ou d'oïdium et les fruits pourris sur pieds avant. Dommage !
Conclusion : mon compost fait maison n'a pas été suffisant pour contrer la faim d'azote prévisible. Nous avons décidé d'en acheter à une plateforme de compostage, plus riche, plus concentré, moins bio aussi, sans aucun doute. Mais indispensable.
- L'exposition sud-est : l'ombre n'arrive au potager qu'après 17h. Résultat, en tout début de printemps, le sol est encore très froid, mais les plantules juste germées ou repiquées grillent sous les rayons agressifs. Les pieds à 5°C, la tête à 25°C ou plus, elles n'aiment pas. J'ai perdu plusieurs semis, et mes premières Cucurbitacées.
J'ai compris l'origine de mon problème en couvrant un carré de voile P17. Initialement mis en place pour protéger mes Cucurbitacées (2ème achat) d'éventuelles dernières gelées nocturnes. Mais ô miracle ! Ces plantes ont grossi deux fois plus vite que les autres, et bizarrement, n'ont pas souffert de carence (je soupçonne un effet bénéfique de la chaleur et de l'ombrage sur le BRF).
J'ai renouvelé l'expérience avec un semis en mélange dans le carré 7 (celui rempli de mousse et terreau) : excellente levée et beaux légumes sous voile, alors que les mêmes semis de carottes, betteraves et panais avaient totalement échoué préalablement.
- Les merles et les limaces : mes ennemis jurés cette année ! Si le paillage a d'énormes attraits et bénéfices (sol riche en vers de terre, structure plus aérée et moins compactée), à coté de ça, il attire indéniablement ces bestioles. La combinaison merle + limace a provoqué à 3 reprises la perte de mes semis en place. Les merles grattent et retournent tout, ravageant la surface ensemencée. Les limaces grignotent dans la nuit le peu qui germe malgré tout.
Ma première solution contre les merles a été de placer d'abord un filet, mais qui présente des inconvénients (deux oiseaux coincés dedans, l'un que j'ai pu sauver en échange de vigoureux coups de bec, le second retrouvé mort au retour des vacances). Mais le top du top a encore été le voile P17, posé sur des arceaux, qui lutte à la fois contre les oiseaux, contre le froid nocturne, et contre les coups de soleil.
Contre les limaces, ma fois, sans merle, mon semis s'est avéré assez dense pour partager, et avec l'été, chaleur et sécheresse, elles se sont faites plus discrètes qu'en début de printemps. A moins que ce ne soit la phacélie hachée et mal incorporée qui les ait éloignées ?
- Le manque d'eau : j'ai voulu la jouer écolo, n'utiliser que l'eau de pluie de ma citerne, limiter les arrosages (tous les 2-3 jours, pas en trop grosse quantité). Mais ça a aussi contribué à la mauvaise pousse de mes plantes, ce printemps et cet été ayant encore été relativement sec, quoique moins aride que le précédent tout de même. Ma terre a beau être argileuse et paillée, donc moins drainante qu'un sol sableux et nu, elle sèche et durcit tout de même beaucoup, et une fois les mottes durcies, les racines ne poussent plus.
Mais pour avoir discuté avec quelques voisins, ceux qui ont eu de beaux potagers cette année sont ceux qui ont arrosé à gogo. Moralité : l'eau est aussi un facteur limitant à ne pas négliger.
- Mon sol lourd, argileux, pauvre en MO, carencé en azote : BRF ou pas, ce n'est pas le peu apporté depuis 1 an 1/2 qui résoud complètement la structure de mon sol et ses faiblesses. Il me faudra plusieurs années d'apport s réguliers pour avoir un vrai sol humifère dans lequel les carottes et panais ne soient pas fourchus et sortent de terre sans casser en tirant dessus, et dans lequel tout pousse sans avoir à mettre de l'engrais à gogo...
Alors, après avoir envisagé l'apport de sable (pour alléger, hein, pas pour amender!), l'apport de terreau (pour ne cultiver qu'en surface et abandonner totalement le sol d'origine), l'apport de fumier (pour l'amendement organique), avec des inconvénients majeurs pour chacune de ces solutions, j'ai fini par prendre ma décision : un apport de compost plus important que le peu que peut me fournir mon composteur. Nous avons donc été nous procurer auprès d'une plateforme de compostage.
Le compost de plateforme
Il a de nombreux avantages :
- 1-2cm de ce compost équivaut à 4-5 cm de celui fait maison du point de vue fertilisant.
- Pas de graines d'adventices à craindre, vu comme il a chauffé.
- Facile à transporter en remorque (moins lourd que le sable),
- pas d'odeur (le fumier aurait indisposé nos voisins déjà bien assez râleurs et maniaques),
- un prix attractif (le demi-mètre cube pour le prix d'un sac d'Or Brun du commerce)
- une finesse qui permet d'y faire des semis, comme le préconise Soltner dans son livre "un jardin sans travail du sol".
Des inconvénients aussi :
- Bien sûr, je n'ai pas la certitude que ce compost soit parfaitement
sain et indemne de résidus de pesticides et métaux lourds. C'est son
inconvénient majeur.
- 1 à 2 cm préconisés en surface, ça ne fait pas beaucoup de MO à mon goût. J'ai du mal à croire que ça va suffir à alléger mon sol de façon conséquente.
- Et puis le compost de plateforme chauffe tellement qu'il est déjà très avancé, et forme peu d'humus, se minéralisant trop rapidement.
Mais c'est mon BRF qui est censé se transformer en humus, le compost permettant de compenser sa faim d'azote et d'apporter la richesse minérale nécessaire à la croissance des légumes gourmands. Donc deux produits complémentaires avant tout.
J'ai déjà saupoudré un premier centimètre sur tout le potager, au pied des cultures encore en place (poireaux, betteraves, choux, fraisiers...), et des semis d'engrais vert couvrant les parcelles vides (phacélie notamment). Je recommencerai au printemps avant la plantation et surtout en complément du BRF fraîchement broyé et épandu.
L'été prochain me dira si cette fois j'ai bien agi ou pas. C'est décidément difficile de jardiner bio dans une terre ingrate !
Avec le printemps, le potager renaît
Depuis début mars, je n'ai pas donné signe de vie du potager, et pourtant il renaît progressivement de ses cendres hivernales, et de façon plutôt encourageante au vu des différentes expériences que j'y mène.
Retour d'expérience sur un an de BRF
L'expérience BRF suit son cours, avec pour l'instant au moins un premier résultat visible et très positif, à savoir un sol resté meuble, très tendre et aéré, malgré les fortes pluies d'hiver.
Pour la première année, pas de croûte de battance ni de sol impossible à travailler avant mai. Je peux semer, planter, enfoncer le doigt ou le plantoir sans le moindre soucis.
Mon sol, bien qu'encore fortement gorgé d'eau, ressemble à une pâte à pain gonflée par la levure, et non plus à du pain sans levain sec et dur comme la pierre. Les responsables de cette merveilleuse structure façon "blancs d'oeufs montés en neige" sont sans aucun doute les vers de terre, très nombreux et grouillants sous le BRF, nourris par les restes de cultures laissés en surface, et protégés du froid par le BRF.
Rappel concernant la façon dont j'ai procédé:
- Premier apport de "BRF" (que je mets entre guillemets car après coup je pense que ça n'en était pas tout à fait), en mars 2009, en couche super fine (moins d'1cm). Je venais d'acheter le broyeur et j'ai broyé mon tas de branches, certaines datant de plus de 6 mois et étant déjà bien sèches, d'autres étant taillées plus récemment.
J'ai constaté une faim d'azote importante (plantes rabougries, feuillage jaune, fructification faible).
L'épaisseur apportée n'était pas suffisante pour créer un paillage efficace non plus.
- Deuxième apport de BRF (frais) à l'automne 2009 (fin octobre de mémoire, à vérifier, avant les grosses pluies de novembre). Epaisseur de 1 à 2 cm (2cm à l'épendage mais une fois tassé par la pluie ça faisait moins que ça).
Seul un carré en a reçu une couche suffisante de 2 cm (carré n°4), trois autres ont été "saupoudrés" avec les reste, soit moins d'1cm (carrés 2, 5 et 6) mais semblent en avoir tiré bénéfice tout de même.
J'ai planté des fèves en novembre, et j'ai déjà pu constater que j'enfonçais le doigt plus facilement dans les carrés BRFés et pas dans ceux n'en ayant pas reçu.
- Apport de compost fait maison semi-mûr à bien mûr (environ 18 mois de maturation) mi-février, par dessus le BRF d'automne (bien digéré et partiellement incorporé par les vers de terre), environ 2-3 cm dans 3 carrés (n°3-4-6) et moins d'un centimètre dans deux autres carrés (n°2 et 5). Le carré n°1 n'en a pas reçu, de même que les carrés 7-8-9 qui n'étaient pas encore fabriqués à ce moment.
- Troisième apport de BRF (frais) au printemps 2010, 2 à 3cm environ, entre début et fin mars (suivant les carrés, au fur et à mesure que je taillais et broyais), par dessus ce lit de compost.
Plusieurs éléments à prendre en compte pour mener à bien toute réflexion et amélioration:
--> l'épaisseur que je donne est celle que je constate quand je verse mon seau, mais c'est très aéré et au final au bout d'1 mois, 3 cm de BRF non tassés peuvent ne correspondre qu'à 1cm réel voire moins une fois tassé par les pluies et une fois les particules les plus fines digérées.
--> je travaille en carrés surélevés : ma bordure en bois mesure 15-20cm de haut, posée sur le sol et non pas enterrée (je n'ai pas décaissé mes allées), ma terre cultivée est donc au moins 7 à 8cm plus haute que le niveau du sol. Cela peut avoir un effet drainant très positif dans le cas de mon sol argileux, et un drainage d'autant amélioré par le fait d'avoir un sol très travaillé par les vers de terre et protégé de la battance grâce au BRF.
--> J'avais un carré n'ayant reçu aucun BRF à l'automne (carré n°1) et aucun compost, et j'ai pu constater au printemps que la terre y était beaucoup moins tendre, et plus tassée sous l'effet de la pluie. J'y avais semé de la phacélie en engrais vert, mais elle était trop petite pour constituer un réel couvert végétal avant le froid (2-4 feuilles, moins de 5cm, croissance stoppée par le froid). Cette phacélie a un enracinement très superficiel et ses racines s'enroulent en chignon, certainement du fait que le sol était trop compact dans l'hiver pour permettre aux racines de se frayer un chemin dans le sol dur et asphyxié.
--> Par contre, mon massif de vivaces qui était couvert d'adventices était lui resté relativement meuble grâce à la présence de ce couvert végétal que j'ai laissé et n'ai arraché que cette semaine (il était temps avant que ça graine). Donc le fait de couvrir le sol, même sans BRF, améliore visiblement sa structure. Le lire dans les livres est une chose, le constater fait progresser.
Les semis et plantations
Actuellement, beaucoup d'emplacements sont encore libres au potager. Je n'ai donc pas respecté ma volonté d'avoir un couvert végétal permanent.
Toutefois, on peut déjà y observer:
- un semis d'échalotes et d'ails qui pointent le bout de leurs feuilles tubulaires.
- un semis de radis ronds qui ne montrent encore que leurs deux cotylédons.
- les pommes de terre, sur trois lignes, séparées d'interlignes dans lesquelles j'ai semé des fèves en poquet, du lin (rouge annuel et bleu vivace) et de la phacélie, à la volée.
- des pois mangetout grimpants, qui sont sortis eux aussi.
Les tomates semées en caissette couverte et gardées à l'abri entre fenêtre et volet la nuit poussent bien pour le moment. Semées le 11 mars, elles arborent toutes deux vraies feuilles en plus de leurs cotylédons, et certaines sortent déjà une troisième feuille. Par contre le semis de février en intérieur était un échec total : mauvais terreau, plants qui s'étiolaient par manque de lumière et excès de chaleur. J'en déduis donc pour l'avenir qu'il vaut mieux attendre un mois de plus que les gelées soient moins fortes avant de semer, et mettre les plants dehors directement.
J'ai semé en couche cette semaine les courgettes rondes et les poireaux, et j'envisage le semis de choux pour aujourd'hui. J'hésite encore à semer la carotte et le panais, qui germeront peut-être mieux si je ne les sème qu'à la fin du mois.
Les grosses graines telles que les pois et les fèves peuvent se semer directement sous BRF, de même que les bulbes (ail et échalotes) ou les tubercules (pommes de terre), mais je constate un inconvénient de ce paillage par ailleurs très positif : les petites graines doivent être semées dans un lit de terreau ou de compost après avoir écarté le BRF, et celui-ci ne peut être remis en place qu'une fois les plants suffisamment vigoureux. C'est bien dommage !
J'ai mis en ligne les photos des différents carrés dans la rubrique photo appropriée.
Carnaval
Hier, c'était carnaval dans les rues de la ville, avec défilé et goûter pour les enfants. Bref, un moment festif à ne pas rater, pour clôturer les vacances.
Sur le thème Prince et Princesse, voici deux déguisements estampillés "Jardin d'Elea" : la robe pour Mademoiselle, la tunique assortie avec pantalon bouffant pour Monsieur, et les deux capes en tissu polaire pour avoir bien chaud dehors et ne pas cacher les déguisements sous des manteaux.
Mon premier VRAI compost
Pour la première fois, après 5 années de compostage au jardin, nous avons enfin obtenu du VRAI compost bien mûr, bien noir, suffisamment fin, ressemblant à du terreau, et en quantité suffisante.
Il ne suffit pas d'avoir un composteur pour avoir du compost. C'est aussi un savoir-faire à acquérir.
Les années précédentes, mon composteur se remplissait, se tassait, se re-remplissait, mais tout au plus j'obtenais une couche noirâtre dans le fond, à peine de quoi remplir un pot d'un litre, et le reste était mal décomposé, sec, mal mélangé, inutilisable.
Je me suis donc penchée sur la question, et grâce aux conseils éclairés glanés sur le forum http://www.aujardin.org/ j'ai enfin fait ce qu'il fallait. Enfin, j'ai fait, c'est vite dit, pas vraiment moi tout seule, hein, parce que c'est un travail physique demandant la musculature d'un mari prêt à aider sa femme pour manger de bons légumes l'été ! Nous avons donc totalement vidé le composteur fin août, pour tout mélanger avec de la tonte fraîche de pelouse, puis tout remettre dedans. Et cinq mois plus tard, nous avons aujourd'hui récupéré le dessous du tas, de quoi remplir deux grandes poubelles de bon compost noir utilisable pour le potager.
Ces deux poubelles pleines m'ont permis de surfacer trois carrés et demi de mon potager. J'aurais sans doute pu amender mes 6 carrés si j'avais eu la main plus leste, mais j'ai préféré procéder par étape, quitte à avoir des carrés moins fertiles que d'autre cette année. Car mettre moins de 2-3cm sur toute la surface n'aurait sans doute pas été suffisant pour améliorer de manière significative ma terre trop argileuse, collante et pauvre.
Quelques photos sous le soleil déclinant de fin de journée d'hiver :
Atelier d'écriture de Janvier 2010
La consigne, pour cet atelier, était d'écrire une nouvelle tournant autour de la situation suivante : "à la fin d'un repas, une personne vient poser la galette au milieu de la table".
Avant de nous lancer dans l'écriture, nous avons commencé par choisir des personnages, trouver une fin, placer des jalons chronologiques, et enfin choisir le point de vue (ou le narrateur). Cette dernière consigne a été déterminante pour moi, donnant le ton de ce texte.
La clef d'une épiphanie réussie
« Adeline, ma belle, va donc nous chercher la galette, veux-tu ? Elle est encore au four. Et ne me casse pas le plat comme l'année passée, hein ! »
Toujours aussi cassante, la vieille tante. Jamais un mot gentil pour personne. On pourrait croire que les gens se bonifient en vieillissant, mais pas elle. Je l'ai toujours connue comme ça, méchante comme une teigne, depuis que je suis tout môme.
Il faut dire aussi que cette pauvre Adeline est la maladresse incarnée. Mettez un seul objet précieux dans la pièce, faites entrer ma cousine, et vous pouvez être sûr qu'elle se prendra les pieds dans le tapis, se rattrapera à la nappe et fera tomber le vase en porcelaine de Chine.
Remarquez qu'entre ses yeux toujours pleins de larmes et la dose d'anti-dépresseurs qu'elle doit s'avaler quotidiennement, elle n'a peut-être pas la vue plus nette que moi quand je viens de me fumer un pétard et d'avaler un whisky cul-sec en fin de soirée.
L'épiphanie chez ma grand-tante Eugénie, c'est tous les ans pareil. La tradition familiale, le truc auquel on ne peut pas échapper. Et c'est toujours super chiant. La tante qui radote, qui critique les uns et les autres, les parents qui essaient d'entretenir la conversation...
Mais cette année, bizarrement, je ne me suis pas ennuyé. C'était d'un comique. Du vrai pur délire !
Ça a commencé quand Eugénie et mon père ont annoncé d'une même voix : « J'ai une chose importante à vous dire! ».
Tout le monde s'est regardé. Surtout Tante Eugénie et mon père, vu que leur truc à annoncer n'était pas le même. Et puis ça a été la valse des politesses, vous savez, comme autrefois, quand on se disait « Après vous, mon cher » et « Je n'en ferai rien ! ».
Finalement, mon père s'est jeté à l'eau. Moi je le savais déjà, ce qu'il allait leur dire. Ça faisait un an que j'étais au courant. Alors je me marrais d'avance, parce que coincé comme ils sont tous, ça allait leur faire un drôle de choc.
Remarquez que moi aussi ça m'avait fait un drôle de choc, quand je l'avais appris. Parce que je suis son fils. Parce que je n'arrivais pas à y croire. Parce que j'avais la haine. Mais là, je trouvais ça cocasse.
Le pavé est tombé dans la marre : « Je suis homosexuel. Cela fait deux ans que je partage ma vie avec Jacques, et j'aimerais vous le présenter ».
Naturellement, le feu d'artifice à commencé. Tante Eugénie a dégainée la première, comme à son habitude: « Sors de cette maison, et n'y remets plus jamais les pieds de mon vivant ! Tu es la honte de la famille, tu m'entends ? ».
Aussitôt, ma cousine Adeline a éclaté en sanglots. Cela faisait une heure qu'elle n'avait pas pleuré, c'était trop beau.
Ma tante Martine était blanche comme un linge. Elle regardait son frère, les lèvres pincées, et accusait le coup, visiblement.
Pierre, son mari, a lancé timidement : « tu aurais pu choisir un autre moment pour nous l'annoncer ».
C'est Christophe, mon cousin, qui s'est montré le plus cool : « Enfin, tante Eugénie, il faut vivre avec son temps, il y a des homos dans toutes les familles, de nos jours, tu sais ! ». Ce qui n'a pas été du goût de ma grand-tante, son éducation lui ayant enseigné que certaines choses ne se font pas et se disent encore moins.
Mais le plus drôle, c'est le regard qu'Aurélie a lancé à Christophe. J'ai bien cru qu'elle allait l'étriper, comme si c'était elle, la femme que son mari trompait avec un homme. Peut-être soupçonnait-elle mon cousin d'avoir les mêmes attirances que son oncle ?
Malo, leur fils qui n'y comprenait rien, n'en pouvait plus de tirer la manche de ses parents, en réclamant sa part de galette. Alors, pendant que le débat devenait houleux, il a commencé à grimper sur la table, et à tirer sur le plat. Moi, je le surveillais du coin de l'oeil, en me disant que ce gosse était loin d'être idiot du haut de ses trois ans. Je me revoyais à son âge. Je lui ai fait une affreuse grimace, en lui tirant la langue. A chaque fois, il hurle quand il voit mon piercing, et moi ça me fait marrer.
Et ça n'a pas loupé, il a hurlé. Sauf que par la même occasion, il a lâché le plat, qui s'est fracassé par terre. Et cet imbécile d'Icare s'est jeté sur la galette et en a bouffé la moitié.
Ce que ça peut être con parfois un chien ! Surtout les Labrador. On dit qu'ils sont intelligents, mais il y a tellement de consanguinité dans les élevages que la moitié sont complètement tarés.
Le pire dans l'histoire, c'est que sur le coup personne n'a réagi. Tante Eugénie était rouge pivoine, et j'imaginais la fumée lui sortant des oreilles. Gérard et Martine s'étaient empoignés, Pierre essayait de retenir sa femme, tandis que Christophe retenait mon père qui semblait prêt à bondir sur ma tante, et qu'Aurélie lui parlait de divorce, sans que je ne comprenne trop pourquoi. J'avais du louper un épisode.
C'est seulement quand le chien a commencé à tousser, en émettant des bruits rauques assez effrayants, du style monstre sorti du fond des âges, que tout le monde l'a regardé.
Alors la vieille a hurlé « Mon Dieu, la clef ! ».
Toute la famille l'a regardé bizarrement. J'imagine qu'il ont eu la même pensée que moi : « ça y est, elle commence à débloquer, cette histoire lui a trop secoué la cervelle ».
Évidemment, plus personne ne se souvenait qu'elle aussi avait annoncé qu'elle avait un truc à nous dire.
Et le truc en question est tombé, comme un cheveu sur la soupe : « J'avais mis la clef de mon coffre dans la galette. Vous vous doutez bien que je n'ai plus beaucoup de temps à vivre, à mon âge. Alors je voulais vous léguer tout ce que je possède, avant que le fisc et le notaire ne s'empare de la moitié de mes biens, ces rapaces ».
voilà comment nous nous sommes tous retrouvé chez le vétérinaire de garde, un dimanche d'épiphanie.
Alors quand celui-ci a annoncé qu'il n'allait pas opérer le chien pour si peu, vu que la clef était déjà partie dans l'estomac, et qu'il faudrait attendre qu'il défèque pour la récupérer, vous imaginez la tête de ma grand-tante !
Le trousseau complet des accessoires indispensables aux mamans laveuses de couches
Les vacances de Noël ont été productives.
La propreté de ma petite troisième approche à grands pas, alors je me suis dit qu'il était largement temps de coudre tout ce que je voulais coudre depuis plus d'un an et que je n'avais pas pris le temps de faire jusque là.
Et de profiter de ce savoir-faire pour offrir quelques cadeaux personnalisés pour les fêtes.
Pour moi : un grand sac à couche besace avec un reste de tissu PUL déco, pour remplacer le premier que j'avais réalisé en toile enduite, et qui n'était pas assez étanche. Contenance d'une dizaine de couches, donc idéal pour les week-end.
Encore pour moi : une pochette pour ranger les lingettes et ne plus les chercher dans le fond du sac à langer, et un assortiment de lingettes supplémentaires, bifaces, un coté en jersey imprimé, et un coté en velours de coton bio ultra-doux. Et ça servira toujours pour la frimousse quand ma puce sera propre.
Pour Aliénor, en échange du cuir qui m'a servi pour les chaussons souples, un sac à couche dans le tissu PUL qui la faisait rêver depuis longtemps (et qu'elle ne pouvait envisager pour une couche pour son p'tit gars, vu la couleur) :
Pour l'assistante maternelle de ma fille, pour changer de la traditionnelle boite de chocolats offerte chaque année à cette période, un lot de lingettes lavables et leur pochette de rangement, pour débarbouiller les petites mains et les frimousses en balade sans avoir recours aux lingettes jetables :
J'espère que mes cadeaux feront des heureuses !
Un cadeau de noël très apprécié
Deux jours avant noël, j'avais du temps de libre (ENFIN!!!!), et je me suis lancée dans la réalisation d'une robe pour ma deuxième. Une robe comme elle en rêvait.
Mademoiselle grandit, et après avoir eu sa période pantalons, qui fait que je ne lui achetais plus de robes, car celles-ci restaient dans l'armoire et finissaient trop petites avant d'avoir été mises deux fois, la voila qui depuis un mois me tanait pour mettre une robe à l'école. Robe que sa garde-robe ne proposait pas. LA robe idéale que je ne trouvais pas, car il y avait toujours un truc qui n'allait pas : elle était trop fine, ou trop unie, ou pas assez gaie, ou ne tournait pas...
Elle aime beaucoup le jeans, et rêvait d'une robe en jeans comme sa soeur depuis cet été, je suis donc partie de tissu jeans pour la base de la robe. Mais elle aime aussi beaucoup le rose, le rouge, les fleurs, et ne voulait pas d'une robe unie. J'avais eu par l'entremise d'Héloïse de magnifiques tissus qui correspondaient bien à son attente. Tissus trop fins pour faire lui une robe d'hiver, mais qui tranchaient bien avec le tissu jeans, qui lui était suffisamment chaud. J'ai donc décidé de mêler les deux.
Moi j'aime le coté bohême, patchwork, les mélanges de couleurs et de tissus, je voulais quelque chose de chaleureux et d'original. Et aussi de très pratique à mettre, une robe qui ne demande pas l'aide de maman pour boutonner, enfiler, et dans laquelle elle se sente à l'aise.
N'ayant pas de patron, j'ai du inventer, et bien sûr, comme toujours, surmonter quelques difficultés d'assemblage, adapter, modifier...
MAIS je dois reconnaître que je suis contente de moi, car j'ai abouti à un résultat qui me plaît, qui lui a plu aussi d'emblée, et qui lui a vallu les yeux admiratifs des copains et copines d'école, ce qui est tout de même le couronnement suprême (et le gage que la robe soit remise de nombreuses fois plutôt que remisée au placard). Elle est rentrée de l'école hier les yeux brillants de fierté, en me racontant les commentaires, et moi je n'étais pas peu fière ! Qui l'eut dit il y a deux ans, hein ?
La robe prise en photo avant d'être offerte au pieds du sapin :
Gros plan sur la fermeture éclair (je voulais une pose invisible, ce n'est pas encore tout à fait ça)
La robe portée... et elle tourne !

Chaussons de cuir souple : aussi pour les grands !
Depuis que j'ai découvert les nombreux avantages des chaussons de cuir souple, peu après la naissance de ma petite troisième, d'abord testés sur bébé, puis testé sur son grand frère et sa grande soeur, l'envie me taraudait d'en avoir moi aussi.
Eh bien, c'est chose faite !
Travailler le cuir était une nouveauté, j'ai appréhendé la casse de l'aiguille, n'arrivant pas à épingler ni à surfiler les différentes parties du chausson. Mais ma chère et tendre machine à coudre s'est avérée plus robuste que prévue, et a cousu le cuir sans rechigner, pour mon plus grand bonheur. J'ai même trouvé l'exercice plus facile qu'avec certains tissus trop souples ou élastiques.
La seule difficulté rencontrée a été la création d'un patron adapté. J'ai un chausson droit moins joli, et moins bien ajusté et assemblé que le gauche, ayant du rectifier le tir après essai. En effet, je suis partie du patron d'un chausson de mes enfants, que j'ai agrandi proportionnellement. Mais un pied d'adulte (et surtout de femme) est plus fin en proportion de la longueur par rapport à un pied d'enfant. Je me suis donc retrouvée initialement avec un chausson disgrâcieux, de largeur excessive, que j'ai du découdre et redécouper.
Le résultat final s'avérant plutôt bon, je vous livre mon patron.
Quelques étapes intermédiaires :
* Le chausson est assemblé sur l'envers, en cousant d'abord le dessus sur la semelle, ensuite le talon.
* Ne pas oublier d'ajouter une bande de cuir fine en haut du talon, afin d'y faire passer l'élastique, ainsi qu'une rondelle ou une pièce carrée coté intérieur du dessus du chausson.
* pose de l'élastique dans le fourreau prévu à cet effet :
Trouvant la semelle trop fine au goût de mes pieds frileux et sensibles, j'ai ajouté une semelle chaude ("moumoutte" sur caoutchouc) à l'intérieur du chausson, et le tour est joué !
Pour toutes celles qui ont du cuir sous la main, et qui seraient en manque d'idées cadeaux personnalisés pour noël, à vos machines !
Deuxième atelier d'écriture
La consigne pour cet atelier était de créer un personnage d'enfant, de lister des évènements récurrents, puis d'écrire un texte pendant 20 minutes, à la première personne, avec l'enfant pour narrateur. Dans un second temps, nous avons reçu pour consigne d'écrire à nouveau à la première personne, toujours avec le même personnage, mais devenu adulte, et en réutilisant l'un des évènements du contexte précédent.
Le cahier de Félicie
1 - Les vacances d'hiver
Je m'appelle Félicie et j'ai huit ans et demi.
Hier, dans le placard de la chambre du fond, j'ai trouvé un cahier avec plein de choses d'écrites dedans, alors j'ai envie de faire pareil. Mais bon, le cahier, c'était celui de Tatie Julie, et elle écrit beaucoup mieux que moi. En plus, dedans, elle dit qu'elle a douze ans, et moi j'ai que huit ans et demi.
Je suis arrivée hier chez Papy et Mamie, et je m'ennuie carrément. D'habitude, je viens toujours l'été, et il y a mon cousin Antonin, le fils de Tatie Julie, justement, et on s'amuse trop bien. Mais là c'est l'hiver, on ne peut rien faire et je suis toute seule. En plus, il pleut.
Mamie m'a dit que Papy allait m'emmener à la pêche avec lui demain, parce que c'est l'ouverture de la pêche. Je ne sais pas trop ce que ça veut dire, ça, l'ouverture. On ne peut quand même pas ouvrir la rivière pour attraper les poissons, ou un truc comme ça. Et puis moi, la pêche ça m'emballe pas vraiment. Déjà, c'est pour les garçons, et moi je suis une fille, alors je ne sais pas pourquoi il veut absolument m'emmener. Je lui ai dit, à Mamie, mais elle m'a répondu « N'importe quoi ! ».
En plus, il va falloir passer dans le champ où il y a les vaches, j'en suis sure. Et ça ne me plaît pas trop non plus. L'été dernier, on y est passé, avec Antonin, pour aller voir Papy en cachette sans que Mamie le sache, et quand on s'est mis à courir, elles nous ont couru derrière, les vaches, et je ne vous raconte pas la trouille qu'on a eue ! Alors depuis, moi j'ai peur des vaches. Parce qu'en fait, on dit que c'est les taureaux qui sont méchants, mais les vaches, elle ne valent pas mieux ! Elles ont des cornes pointues au bout, et quand on est tout près d'elles, elles sont ENORMES, je le jure ! Et on a vraiment cru qu'elles allaient nous faire un trou dans le ventre avec leurs cornes, et nous piétiner avec leurs sabots, et que Papy et Mamie n'allaient retrouver que de la bouillie de nous deux. Ce soir je demanderai à Papy s'il faut vraiment passer par le champ des vaches ou si on peut faire un détour par la route.
Mistie a eu des petits. Mistie, c'est la chatte de Joséphine, la voisine. C'est Mamie qui m'a dit qu'on pourrait aller les voir. Mais là, Joséphine elle est partie faire ses courses, et comme elle est vieille et qu'elle marche tout doucement, je suis obligée d'attendre. C'est dur d'attendre, j'aime pas attendre.
En attendant, j'ai regardé par la fenêtre les crocus qui ont poussé dans la pelouse, mais j'en ai eu marre aussi. C'est des jolies fleurs, les crocus, mais c'est trop petit pour faire des bouquets avec, et en plus ça pousse en hiver, alors je ne sais pas trop à quoi ça sert, parce qu'on ne peut pas jouer dans le jardin en hiver, à cause de la gadoue, alors on n'en profite pas vraiment. Et puis on pourrait les écraser en jouant au foot, alors je me demande bien pourquoi Mamie les a planté là. C'est vraiment une drôle d'idée, ça, de planter des fleurs en plein milieu de la pelouse.
En fait, elles sont vraiment nulles ces vacances. Les autres années, on partait au ski avec Papa et Maman, mais là ils ont dit qu'ils allaient divorcer. Du coup Maman et moi on est toutes seules toutes les deux, depuis que Papa est parti vivre à Paris avec sa poule. Je me demande bien ce qu'il peut faire avec une poule à Paris. Déjà, il me disait toujours qu'il ne voulait pas d'animal à la maison, alors je me demande bien pourquoi il a une poule maintenant. Moi j'aurais préféré un chat ou un chien, c'est plus intéressant que les poules, pour jouer avec. Et puis Paris c'est une grande ville, et les poulaillers, c'est dans la campagne normalement. C'est vraiment une drôle d'idée, ça aussi. Les adultes sont vraiment bizarres parfois.
Mais peut-être que j'ai mal compris. C'était quand Maman pleurait en parlant au téléphone à Tatie Julie, et que j'étais cachée dans le couloir pour l'écouter en secret, alors peut-être que j'ai mal entendu ou qu'elle a dit un mot que je ne connais pas.
Mais du coup, avec tout ça, moi je me retrouve là, toute seule chez Papy et Mamie, pendant que Maman travaille et que Papa est à Paris, avec ou sans poule. Ça va être long, une semaine !
2 - Souvenirs d'enfance
Mon vieux cahier. Je n'imaginais pas le retrouver encore là où je l'avais caché autrefois. Ça me fait tout drôle. Je l'avais commencé à la même saison, l'année de la séparation de mes parents. Je revois encore les crocus fleuris, que je regardais par la fenêtre du salon. Ils repoussent chaque année au même endroit, comme si le temps n'avait pas de prise sur eux. Et je me rappelle de la souffrance qui me brûlait le coeur, cet hiver là, un peu apaisée par l'amour dont avaient su m'entourer mes grands parents dans ce moment difficile.
Dire que la maison va être vendue. Nous n'avons pas franchement eu le choix, au prix d'une chambre en maison de retraite pour Mamie. Elle ne pouvait plus rester là, elle n'était plus suffisamment autonome pour vivre seule, il faut bien le reconnaître. Mais vu son âge, elle risque d'y passer quelques années, dans cette maison de retraite, avant d'aller rejoindre Papy là où il est maintenant. Pourvu qu'elle s'y habitue bien, parce que le changement risque d'être rude pour elle tout de même. Déjà, c'est tellement petit là bas. Et puis ça sent la soupe d'hôpital et le désinfectant dans les couloirs. Elle qui n'a jamais vécu ailleurs qu'à la campagne, et qui aimait tant faire son marché et son jardin, ou se promener le long de la rivière. Je n'aimerais pas être à sa place.
Enfin, ça me pince le coeur, de devoir vider cette maison, et de se dire que l'on n'y reviendra plus jamais, après toutes ces vacances passées ici. Les souvenirs d'enfance, les pâtes de fruit du goûter, l'odeur du foin fauché qui parfumait la chambre les soirs d'été lorsque l'on dormait fenêtre ouverte, et les bêtises avec mon cousin. Ça, on peut dire qu'on faisait les quatre-cent coups, tous les deux !
Je croyais avoir tourné la page de mon enfance, depuis le temps, et mon fils a pratiquement l'âge que j'avais lorsque j'ai commencé ce cahier. Mais cela me fait mal tout de même. Oui, c'est ça, très précisément, mal. Comme une boule dans la gorge et une autre au creux de l'estomac, qui ne passent pas quand on avale. Un peu comme si vendre cette maison allait balayer le passé, le faire disparaître à tout jamais de nos mémoires et de nos coeurs, comme si ces moments heureux n'avaient jamais existé. Comment une maison pourrait-elle à elle seule symboliser le sentiment du bonheur ? Pourtant, les souvenirs restent, ce sont les lieux que l'on balaye.
Mais tant que je revenais ici, dans ce havre de paix, leur faire la bise à tous les deux, comme une parenthèse dans ma vie mouvementée, c'était un peu comme si je replongeais dans le passé. Les images revivaient, et les odeurs aussi. Les épinards que je ne voulais jamais manger. L'odeur de la cave, si particulière. Et celle des vieux livres poussiéreux dont on feuilletait avec précaution les pages jaunies. Et les oignons qui rissolaient.
Voilà que j'en pleure ! Dire que je n'ai pas pu pleurer Papy sur son lit de mort, et c'est aujourd'hui que mes larmes coulent, en repensant à lui, ce fameux hiver, à l'ouverture de la pêche, quand il m'avait fait attraper mon premier poisson, un gardon tellement bourré d'arêtes que j'avais refusé de le manger. Il avait sacrément perdu la tête, ces dernières années, et j'allais le voir en me forçant à chaque fois, tellement il était devenu impossible d'avoir une conversation. Maintenant je regrette.
Je regrette l'époque où je glissais timidement ma petite main dans sa large paume calleuse, où il me nommait chaque oiseau rien qu'à son chant. Je regrette de ne pas l'avoir assez bien écoutée pour raconter tout cela à mon fils à mon tour. La page est tournée, définitivement.





















